Extrait du clip du morceau Reste par Three Trapped Tigers

/Musique/Le math-rock: compter en s’amusant

Inspiré rythmiquement du jazz, souvent instrumental, le math-rock s’appuie fortement sur les mesures composées (mélangeant les signatures d’une mesure à l’autre, par exemple une mesure à cinq temps suivi d’une mesure à sept temps), ce style a fait beaucoup de chemin ces quinze dernières années. Mais assez perdu de temps en définition, dans cet article je vais reprendre un peu chronologiquement les groupes qui m’ont marqué, dans ce style ou ceux qui s’appuient dessus pour ouvrir l’horizon de leur musique, oubliant ceux qui m’ont profondément ennuyés.

Faraquet

Originaire de Washington, ce trio est un des premiers à m’avoir plongé dans ce style, et fait partie de ceux qui ont donné ses lettres de noblesse au genre. Leur unique album The view from this Tower sorti en 2000 a été une petite révolution. Je vous colle là leur single qui est aussi le titre le plus accessible de l’album.

 From Monument To Masses

Ce trio très engagé politiquement (il n’y a pour s’en convaincre qu’à jeter une oreille aux multiples samples qui parsèment leurs morceaux), originaire de San Francisco, mélange post-rock, math-rock et électro, proposant un mélange vraiment unique et personnel. Leur album le plus valeureux à mes yeux The Impossible Leap in One Hundred Simple Steps sorti en 2003. Le mélange des styles et l’intelligence des compositions en font un album qui se renouvelle sans cesse et est un superbe voyage à écouter dans son intégralité. Encore aujourd’hui après plusieurs centaines d’écoute, j’ai la chair de poule en l’écoutant.

Oceansize

Ce groupe de Manchester est un peu particulier dans ce classement, car c’est clairement celui dans lequel le math-rock est le plus discret. Le groupe oscille propose un post-rock / rock progressif couplé à un chant presque pop très particulier. Même si ce nom ne vous dit rien, vous connaissez sûrement sans le savoir leur morceau Music For A Nurse qui avait été utilisé dans une pub d’un opérateur télécom en France vers 2005 ( du moins quelques secondes d’intro alors que le morceau fait 8:17 …). Les albums Effloresce (2003) et Everyone Into Position (2005) sont de purs chefs d’oeuvre, même s’ils se sont ensuite un peu perdus dans les méandres de leur propre musique ( Frames de 2007 comporte tout de même quelques pépites, l’album suivant est vraiment insipide ).

La magie d’Oceansize, en fait, c’est que même sur leurs morceaux les plus catchy, il y a des mesures composées partout, mais elles sont si finement amenées qu’on ne les remarque presque jamais. Elles ornent juste le groupe d’une musicalité un peu étrange à cerner. Difficile de choisir un morceau à vous faire découvrir, je vais donc en mettre deux, One Day All This Could Be Yours issu du premier album et Unfamiliar issu de Frames.

The Redneck Manifesto

Si j’étais vilain je dirais que les irlandais de The Redneck Manifesto n’ont sorti qu’un seul bon album, I Am Brazil, en 2005. Ah mince je l’ai dit. Mais cet album, qui fait clairement écho à mes oreilles à ce que faisait Faraquet quelques années avant, est vraiment une perle. Ici c’est le pays du changement de riff et de tempo toutes les 20 secondes, et pourtant on ne se fatigue pas, on suit le convoi, et on en prend pleins les oreilles, on rêvasse, on se prend un uppercut à droite à gauche.

Three Trapped Tigers

On reste en Angleterre, à Londres cette fois, par contre, le trio TTT ne partage pas grand chose avec leurs compatriotes cités juste au dessus. En effet ici, point de post-rock ou de chant pop, on et dans du nerveux, voire du très nerveux, et tout cela fleure bon les synthés complètement fou. Le batteur utilise des cymbales sur tous ses éléments, y mélange des éléments de machines, la guitare est folle et les synthés lui tirent la bourre. Les trois albums sont très bons, j’ai une grosse préférence pour Route One or Die de 2007, le second, qui tout en étant mieux produit et mieux composé que Numbers 1-13 (qui est en fait une compilation de leurs premiers EP) reste très direct et très méchant. Là où le dernier, Silent Earthling, sorti cette année est devenu un peu plus mollasson, mais reste très écoutable. Je vous colle donc en toute logique le single de Route One or Die.

Et avec ça deux bonus, le clip de Reset qui est totalement incroyable et dans lequel certains d’entre vous, fans de The IT Crowd, reconnaîtront probablement l’acteur 🙂

Et une petite vidéo du batteur jouant Cramm puis Creepies, parce que c’est beau à voir.

toe

Un peu de repos avec ce groupe japonais emblématique de la nouvelle génération (amis notamment des Mouse On The Keys dont je parlais dans mon article sur le Jazz). toe n’ont pas toujours donné dans le math-rock, leurs premiers albums étant résolument plus post-rock. Mais le groupe sort coup sur coup un album en 2009, For Long Tomorrow, puis un EP en 2012, The Future Is Now, qui ont beaucoup marché sur moi. On retrouve dans les mélodies de guitare très math-rock et le chant leurs influences nipponnes, le batteur se lâche, et on est bien. Le dernier album Hear You (2015) reprend la même recette mais manque un peu de folie à mon goût, il s’appuie plus sur les côtés plans-plans des deux opus précédents.

American Football

Hoplà, on traverse le pacifique, on rejoint l’Illinois, et on tombe sur un groupe qui ne s’est pas foulé pour son nom… La musique n’a par contre pas grand chose à voir avec le sport du même nom, empruntant plutôt au flanc émo/larmoyant du math-rock. Leur seul et unique album éponyme date de 1999 ( et oui quand même, j’ai découvert bien après la bataille…), et il n’a franchement pas pris une ride. Le groupe s’est par ailleurs reformé récemment et a annoncé un album, qui sera lui aussi éponyme (tout comme leur EP de 1998) et devrait sortir en Octobre 2016. Le running gag de leur nom n’est donc pas près d’être terminé. Je vous laisse avec le clip d’un de leurs plus gros tubes.

Totorro

Après un premier EP et un premier album qui sentaient plutôt le Post-Hardcore bien sale,viril et violent qu’autre chose (des airs de leurs voisins Birds In Row et As We Draw même), ces petits bretons ont dû se dire qu’en fait la vie c’était chouette, et ont pondu un des albums de Math-rock les plus positifs qui soit. C’est simple, même après avoir écouté Home Alone (2014) une infinité de fois, je ne peux pas m’empêcher de danser en sautillant chaque fois que je l’entends. Ils reviennent avec un nouvel album d’ici quelques semaines.

Quadrupède

Three Trapped Tigers a fait des petits de l’autre côté de la manche, au Mans pour être précis. Et ils ont la niaque. Leur premier album, TOGOBaN (arrivé à ce stade de l’article vous aurez compris qu’il y a une cabale sur les noms et titres dans ce courant musical je pense), sorti en 2014, ne cache pas son accointance avec le groupe anglais, mais c’est tellement bien fait que personne ne leur en tiendra rigueur ! Et ce n’est pas cette session live qui nous démontrera le contraire.

Paus

Ce groupe portugais sent bon le Battles (un des groupes vétérans du style, mais qui m’ennuie pas mal) mais pas que. Notamment grâce à un chant post-punk et des délires bien expérimentaux, mais tout ça au service de morceaux très digestes. Je n’ai pour l’instant écouté que l’album Clarâo de 2014, ils ont aussi un EP intitulé É Uma Água sorti en 2010 et le dernier album Mitra est sorti cette année.

Goat

Avant de partir à Osaka j’ai creusé la scène locale et je suis tombé sur ce groupe (à ne pas confondre avec leurs homonymes suédois) qui n’a malheureusement pas l’air d’avoir album à son actif. Par contre j’ai été fasciné par leur musique expérimentale quasi-atonale, alors je vous colle deux vidéos là.

Alarmist

Alors des irlandais-là c’est un peu le groupe qui oscille entre tous ces mouvements (à part qu’il est instrumental), on y retrouve souvent certains plans de synthés bien gras/grattes/batterie un peu fous d’un Three Trapped Tigers, un peu de la poésie d’un toe, les expérimentations sonores de Paus, et les sons de machines décomplexées de Battles.  L’album Popular Demain sorti en 2015 passe tout seul. Et les deux EPs qui le précèdent ne sont pas dégoutants non plus!

The Physics House Band

Si The Mars Volta avait faut du math-rock au lieu de se perdre dans les méandres de la psyché, ça aurait sûrement donné ça. J’ai l’impression la moitié du temps que c’est Omar Rodriguez-Lopez qui a composé les parties basse/guitare. Pourtant ce trio ne nous vient pas de la frontière mexicaine mais de l’inévitable ville anglaise de Brighton. Leur premier album Horizons / Rapture est un petit bijou de technicité, et pas stérile pour autant. Et au vu de cette vidéo, ils n’ont pas l’air bien vieux, ça risque de faire mal dans les années à venir !

 

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