Une photo du groupe Mouse On The Keys en live à Kumamoto

/Musique/Ces groupes qui dépoussièrent le Jazz, et c’est tant mieux

Le jazz a fait partie du paysage musical de mon enfance et j’en ai toujours gardé un attachement attendri à cet égard. Il y a de nombreux morceaux comme l’interprétation de Send in the clown par Benny Goodman sur une compilation Gitanes Jazz, le génial Pulsions / Sous la mer de Jacques Loussier ou les tubes de Coltrane ou Davis que mon frère travaillait inlassablement au saxophone qui auront toujours le don de me projeter instantanément en enfance.

Une fois adulte, même quand je me sentais d’humeur à en écouter, j’en arrivais souvent à la même conclusion : après un ou deux morceaux, mon subconscient considérait ce signal comme une musique de fond, et j’avais beaucoup de mal à rester concentré et enthousiaste pendant des heures. J’avais beau aimer écouter un morceau ou deux, je finissais toujours par décrocher en enchaînant les albums.

 

Mouse on the keys

Jusqu’à ce que je découvre l’album An anxious object des japonais de Mouse on the keys en 2009. Et notamment l’enchaînement de l’intro Completed Nihilism avec le tube Spectres de Mouse, que vous pouvez découvrir en version live juste là.

Plusieurs choses ont fait que j’ai été conquis par cet album, notamment le jeu à la fois faits de mimiques jazz et pourtant avec une énergie presque punk du batteur Akira Kawasaki, renforcé sur disque par un son très compressé (parfois trop), rock et puissant. Mais surtout ce qui m’a ouvert de nouveaux horizons dans le jazz, c’est le fait que bien que très progressive la musique du groupe soit indéniablement écrite, et pas improvisée, distillant une énergie très réfléchie à laquelle je suis très sensible. Dans le cas de Mouse on the keys, la seule chose qui puisse peut-être rebuter mais qui fait beaucoup de l’intérêt du groupe, c’est aussi indéniablement la touche nippone extrêmement présente dans la mélodies. Les albums sont par ailleurs très très variés.

Le dernier album en date, The flowers of romance, reprend un peu la même structure, et a d’ailleurs son tube Leviathan qui n’est pas sans rappeler Spectres de Mouse. Attention aux oreilles, la partie de batterie est juste complètement folle.

J’ai eu la chance de les voir en live à Kumamoto au Japon dans une petite salle où j’ai pu faire ma groupie à deux mètres du groupe, et c’était très grand, les visuels de cette tournée étant incroyables niveau immersion. Le monsieur à ma droite a tout filmé d’ailleurs pour les curieux ( le son est potable ).

Et en parlant de live, Mouse on the keys est un des rares groupes a avoir un dvd live, Irreversible, qui m’a vraiment plu, mêlant des vidéos de vie quotidienne de la vie du groupe lors de sa tournée européenne avec des extraits de live de leurs shows. Ca devait bien faire six ou sept ans que je n’avais pas regardé un DVD live sans mourir d’ennui, alors je tiens à le souligner.

 

Portico Quartet 

Comme j’ai la chance d’avoir quelques amis un peu calés, on m’a recommandé suite à la claque Mouse on the keys de jeter une oreille aux anglais de Portico Quartet. Leur musique a pas mal évolué au fil du temps, oscillant principalement entre le jazz et l’electro, mais je garde une préférence pour l’album Isla qui est aussi de 2009 et qui est plus du côté jazzy et construit autour des sons du très rare Hang Drums ( instrument qui a une histoire assez folle d’ailleurs si ça vous intéresse ).

L’album éponyme suivant n’est pas mal du tout, incorporant davantage d’éléments électroniques. Le morceau City Of Glass en est le meilleur extrait à mon goût.

Ici aussi on a une musique très écrite et pourtant très vivante, mélangeant le groove du jazz à des compositions aux montées tout en finesse. Et il n’y a pas à dire, la contrebasse ça en jette toujours un peu.

 

Gogo Penguin

En parlant de contrebasse, je fais le pont vers leurs voisins d’outre-atlantique de Gogo Penguin ( oui on peut faire une musique géniale et avoir des goûts douteux en manière de nom ), arrivés un peu plus récemment dans le jazz game, mais dont les deux premiers albums Fanfares (2012 ) et v2.0 (2014 ) frappent fort.

Alors là si tu veux du groove, notamment avec le tube de v2.0, Garden Dog Barbecue, tu vas pas être en reste.

Je suis totalement fan de l’album v2.0, qui est un sacré voyage, oscillant de l’énergie brute à des morceaux très ambiant, mais avec une continuité très immersive ( j’ai toujours eu un faible pour les groupes qui sont capables en plus d’écrire des tubes de faire des albums immersifs de bout en bout ). Leur premier album Fanfares est aussi bourré de morceaux géniaux. Le tout est un peu moins raffiné et abouti que V2.0 mais ça reste quand même excellent. Par contre le dernier album en date, Man Made Object, sorti tout récemment, ne m’a pour l’instant pas fait grande impression. Les deux premiers morceaux passent bien mais l’ensemble de l’album est beaucoup moins bien écrit selon mes goûts. Une impression de fadeur et de travail un peu bâclé s’en dégage.

 

Mammal hands

J’ai découvert les anglais de Mammal Hands assez récemment, avec l’album Animalia de 2014. La musique du groupe part un peu moins dans tous les sens, que ça soit niveau composition ou démonstration technique, que les groupes évoqués juste avant, mais le groupe en a en quelque sorte fait son jeu. Ici on est plus sur des répétitions cycliques de schémas mélodiques simples accompagnées juste de ce qu’il faut de groove et de mise en place.

L’album Animalia est très bien construit et peuplé de mélodies assez touchantes.

Le groupe vient de sortir un deuxième album, Floa, qui pour l’instant m’a paru relativement sans surprise mais néanmoins correct. On garde la même recette, il y a un peu de redite, mais ça fonctionne globalement toujours bien.

 

BadBadNotGood

Les canadiens de BadBadNotGood ( décidemment les noms … ) partagent le goût de la simplicité des Mammal Hands, s’efforçant plus de construire sur des énergies que sur le groove et la technique pure. Le groupe flirte d’ailleurs avec l’instrumental hip-hop dès leur premier album III ( oui décidemment les noms d’albums dans le nouveau Jazz hein … ).

Affiliation hip-hop qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd puisqu’à peine un an après III le groupe sort un album commun – Sour Soul – avec Ghostface Killah du mythique collectif de rap new-yorkais Wu-Tang Clan. Rien que ça. J’ai une préférence pour III, car le fait d’avoir Ghostface sur leurs instrus semble les avoir motivés à simplifier encore leurs morceaux, les reléguant un peu au rang de boîte à rythme évoluée sur ce disque. Mais ça reste tout de même un chic album pour les fans de rap à l’ancienne.

 

Jizue

Petit retour au Japon avec Jizue que j’ai découvert dans un café hipster incroyable à Fukuoka au Japon. Après moult mimes de piano et de doigts pointés successivement vers mes oreilles et vers les hauts-parleurs, le barista a pu m’écrire le nom du groupe sur un petit post-it. J’ai surtout creusé l’album Shiori. On est ici plus dans un jazz plutôt standard très axé sur les guitares et la batterie. Pour rester dans un thème proche de BadBadNotGood, le groupe a néanmoins signé une collaboration intéressante avec le rappeur oldschool/expérimental japonais Shing02 ( que j’ai découvert lors du même voyage, un peu euphorisé par d’excellentes bières, dans un bar à bonnes bières d’Okayama, après avoir expliqué au DJ que son casque était super pourri et qu’il devait acheter le même que le mien ).

Le groupe vient par ailleurs de sortir l’album Story que je n’ai pas encore creusé, mais qui semble aussi dans la veine jazz classique / improvisé.

 

Tigran Hamasyan

La musique de Tigran Hamasyan est tellement multi-facettes et différente d’album en album que j’ai hésité à le faire paraître sur cette liste. Néanmoins pour les plus aventureux, je ne peux que vous conseiller l’album Mockroot de 2015, qui est une expérimentation assez improbable et pourtant très convaincante, à la croisée – accrochez-vous – du math-metal de Meshuggah pour les parties de batteries polyrythmiques, du jazz/math-rock pour les parties de piano, et de Magma pour le chant aigu complètement perché qui voltige autour des mélodies de piano. Et il y a encore bien d’autres particularités dans cet album qui évolue de morceau en morceau. Je vous mets en exemple le morceau le plus en rapport avec cet article, pour rester un peu cohérent tout de même.

 

 

Voilà c’est tout pour cette fois, mais si vous avez de bons groupes dans la même veine à partager je suis preneur !

 

Crédit photo d’en-tête : Vincent Baudry

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