Des baskets de running devant un paysage de campagne

/Motivation/Course à pied et leçons de vie

Voilà un peu plus de deux ans que je pratique la course à pied, avec quelques périodes creuses. Je suis loin d’être un expert du sujet, et diverses blessures m’ont forcé à adapter ma pratique au fil du temps et à faire des pauses. Mais cette pratique a déjà été très riche en enseignements, et je ne peux pas m’empêcher d’y voir de très grandes similitudes avec la vie en général. Similitudes que je vais tâcher d’évoquer ici.

 

On n’est pas tous égaux à la ligne de départ

En course à pied, on comprend bien vite que quelque soit sa condition physique, il faut composer avec notre potentiel de départ au mieux. A un moment ou à un autre on atteint ses limites et il faut apprendre à accepter les constantes et variables qui nous sont personnelles pour en tirer parti au mieux.

La fréquence cardiaque maximale de notre coeur est une constante propre à chacun. On peut la calculer grossièrement, le mieux restant de la mesurer car on est pas à l’abri de dévier un peu ou beaucoup de la moyenne. Cette donnée est vitale car c’est la base des calculs pour savoir à quel rythme courir pour optimiser son entrainement ( selon si on veut perdre du poids, bosser le cardio etc…). Cette donnée n’est pas ou peu impactée par l’entrainement. C’est un élément plus ou moins fixe ( elle diminue avec l’âge ). On peut améliorer ses capacités cardiaques afin de pouvoir courir plus vite à un même rythme cardiaque, mais on ne bougera jamais cette limite vers le haut.

La taille aussi joue un rôle important, car plus l’on est grand moins on aura besoin de faire de foulées et donc de faire travailler notre coeur pour courir à une vitesse donnée.

Autre élément à prendre en compte, la plupart des individus de plus de vingt cinq ans sont loin d’avoir une posture parfaite, et la course à pied met vite en exergue ce type de problèmes. Pour ma part suite à de vieilles déchirures musculaires, je me suis vite rendu compte que ma posture était très déséquilibrée, et j’ai du faire beaucoup d’osthéo et me faire faire des semelles orthopédiques pour ne plus me déglinguer totalement dès les premiers kilomètres.

 

La vie c’est pas un sprint mais une course de fond

Comme le disait Pit Baccardi. Quand on commence à courir, passé la phase de décrassage, on commence à avoir une vague idée de ses capacités en terme de vitesse moyenne pour un bon effort. Il faut alors apprendre à s’entraîner en courant au bon rythme, pour faire travailler son coeur correctement. Courir à fond tout le temps est très mauvais, on va empêcher le coeur de se muscler et de travailler en amplitude. Pour quelqu’un comme moi qui a toujours fait du sport très sporadiquement, et souvent en y allant à fond, il peut paraître assez frustrant de toujours devoir mesurer son effort. Mais c’est la seule manière de progresser à long terme. Lors de mon premier et unique 10km j’étais très frustré de me faire doubler par des sexagénaires, alors que je courais déjà à un bon rythme. Mais quand j’ai commencé à me pencher sur le fonctionnement du cardio, j’ai compris qu’un sexagénaire capable de courir à 13 ou 14km/h alors que sa capacité cardiaque maximale est bien moindre que la mienne ne peut y arriver qu’à une condition : s’être entraîné depuis de nombreuses années. J’ai donc eu un rapport différent à tous ces coureurs, qui contrairement à moi ne s’y étaient pas mis la veille, mais avaient travaillé leur condition inlassablement pendant de longues années.

 

Se comparer aux autres sera toujours source de frustration

Comme disait Louis CK à sa fille dans la série “Louie”, la vie n’est pas juste et la seule bonne raison de regarder dans l’assiette des autres c’est pour s’assurer qu’ils ont assez, pas pour voir si ils ont plus que soit.

En course à pied, à moins d’avoir une condition phénoménale et d’être surentraîné, on croisera systématiquement des gens qui courent beaucoup beaucoup plus vite ou sur des beaucoup plus grosses distances que nous. J’ai souvent été tenté instinctivement de les suivre quand je commençais à courir. En négligeant le fait qu’ils sont beaucoup plus grand, qu’ils s’entrainent peut-être depuis des années, qu’ils font peut-être une séance de fractionné, qu’ils ont peut-être une condition physique ou des objectifs très différents de moi.

 

Courir en groupe peut être bénéfique comme très mauvais

Que ce soit pour se motiver, pour que les séances passent plus vite, ou pour suivre un entraînement commun, il peut y avoir tout un tas de raisons de vouloir courir avec d’autres. Ces sessions de groupes peuvent être très bénéfiques comme très mauvaises. En courant avec quelqu’un on est vite tenté de courir trop vite ou trop longtemps pour ne pas abandonner les autres en plein milieu d’une boucle, pour coller au groupe ou uniquement par fierté ou par défi. Et si les gens avec qui l’on court n’ont pas du tout une pratique compatible avec la nôtre et qu’on court uniquement avec eux, on peut vite se retrouver blessé ou à bosser à un rythme contreproductif pour nous niveau cardio, qui nous empêchera de nous améliorer ou même limitera à long terme nos capacités cardiaques ( car courir trop vite régulièrement va limiter les possibilités musculatoires du coeur en le rendant moins élastique). Comme dans la vie en groupe ou en société, si l’on ne pratique pas seul il faut trouver les bons compromis pour que cette sociabilisation dans le sport soit cohérente avec sa propre voie, et qu’on ne noie pas ses besoins individuels dans le groupe.

 

Chaque individu doit trouver sa propre voie

Quand j’ai commencé à courir, mes genoux se bloquaient au bout de deux ou trois kilomètres. Si j’avais forcé je me serais probablement énormément abimé. Il m’a fallu combiner l’osthéopathie, des semelles de podologues, des étirements quotidiens et plusieurs dizaines de sorties avant de pouvoir courir ne serait-ce que cinq kilomètres. Encore aujourd’hui je lutte pour corriger des problèmes de posture liés à des blessures non soignées correctement il y a de nombreuses années, et je dois constamment adapter ma pratique à ma morphologie, ma musculature et mon cardio. D’autres coureurs ayant d’autres blessures ou n’ayant pas de contraintes particulières n’auraient pas suivi le même parcours que moi, n’en ayant aucune utilité ou y voyant des séances incohérentes ou frustrantes. A une époque je devais faire des pauses pour marcher tous les deux kilomètres. Parfois je devais même m’étirer en cours de route. Certains des mes compagnons de course ne s’étirent jamais et n’en ressentent jamais le besoin. Pour ma part il me faut m’étirer même quand je ne fais pas de sport sinon mes muscles verouillent complètement mes genoux et les empêchent de fonctionner correctement. Un ami à moi peut courir quinze kilomètres chaque fois qu’il sort sans avoir aucune douleur là où je dépasse difficilement les cinq ou six kilomètres. Pour beaucoup de coureurs les distances de mes sorties sont ridiculement faibles. Mais il y a trois ans je ne pouvais même pas faire deux kilomètres sans me blesser. Aujourd’hui je suis content de pouvoir sortir tous les jours même si je cours peu. Comme dans la vie, en course à pied il faut suivre sa propre voie. Les contraintes de chacun sont uniques. Les buts de chacun sont uniques. Certains courent pour se sentir bien, d’autres courent pour la performance. Il n’y a pas de vérité universelle et donc il n’y a pas de pratique qui soit bonne pour tout le monde. Il faut apprendre à connaitre ses envies et ses contraintes, qui de plus évoluent dans le temps. Il faut pratiquer de la meilleure manière qui soit pour soi.

 

En quelques mois j’ai adapté ma pratique de la course à pied pour mieux coller à mes contraintes et mes objectifs. J’ai tiré beaucoup de leçons de mon historique, et ces leçons, si je les appliquais à ma vie en général seraient toutes bénéfiques, et pourtant de ce côté le chemin est encore long, alors même que je pratique la vie depuis bien plus longtemps que la course à pied…

 

Crédit photo d’en-tête : Vincent Baudry

Une réflexion sur “/Motivation/Course à pied et leçons de vie

  1. Je penserai sûrement à cette analyse sportivo-psychologique demain matin pendant ma séance Run & Swim 😉
    Au plaisir d’aller courir avec toi…

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