Portrait de l'auteur Pascal Quignard

/Livres/Pascal Quignard : Essais philosophico-littéraires et voyage dans le temps

Je lis habituellement plusieurs types de romans et de nouvelles. Nouvelles japonaises, nouvelles américaines, littérature française. Et j’alterne dans le temps pour avoir un bon entrain, pour ne pas me lasser d’un style, lire en continu des choses trop semblables. Parfois quelques ovnis font leur apparition. Ce fût le cas quand une de mes amies m’a recommandé de lire du Pascal Quignard, et aussi parce que je lis rarement d’essais, et encore moins à portée philosophique.

Pascal Quignard n’use pas des mots. Il les aime. Il les dissèque, les déconstruit, leur redonne leurs sens originel, même s’il faut pour cela revenir à l’origine de l’écriture, à leur histoire latine, grecque, à l’instant où la traduction vers une nouvelle langue leur a fait perdre leur sens ou leur subtilité, à leur évolution au travers des âges et la déformation de leur usage au fil du temps. Et au travers de cette exploration des mots, il défait notre vision du monde, de notre relation à l’autre, aux autres, empreintes totalement de notre culture et de notre histoire sans qu’on y réfléchisse jamais. Puis il nous offre un nouveau spectre sur la vie, plus abstrait et plus concret à la fois, plus poétique, plus cryptique, plus ancestral. Il s’appuie parfois sur des oeuvres écrites ou des peintures ( certains de ces livres sont remplis d’illustrations ) pour expliquer l’instant où un artiste particulier a déformé un mythe à tout jamais pour se l’approprier, sans peut-être se rendre compte de la portée de son geste. Il nous montre aussi que la culture du sexuellement et politiquement correct est totalement contextuelle à une époque, que les valeurs qu’on tient pour certaines n’ont pas toujours été la norme.

Désolé pour cette analogie qui est vraiment anti-littéraire, mais lire un livre de Pascal Quignard c’est un peu découvrir la matrice. Voir le monde sous un autre angle. Un angle pas très accessible, pas toujours évident à comprendre, voire un monde dont on ne partage pas la vision. Mais ce monde n’existe qu’au sein de ces quelques pages. On quitte le domaine du pragmatisme, de notre logique quotidienne, le monde de la culture hollywoodienne, pour arriver dans un monde inconnu, dans lequel on avance à pas feutrés pour comprendre pourquoi rien n’est comme on le croit.

Pour quelqu’un comme moi qui ne lit jamais d’essais et peu de livres très littéraires, ça n’est pas une lecture toujours simple. Je dévore un chapitre, puis j’avance à pas de fourmis pendant quelques pages particulièrement denses. J’ai recommencé à chercher des mots dans le dictionnaire. J’ai dû désapprendre la lecture en mode automatique, où le sens de chaque phrase importe peu tant qu’on avance dans la narration. Il m’a fallu réapprendre à me concentrer sur chaque paragraphe, réfléchir au sens de ce que je lis. Parfois même je ne comprends pas très bien ce que je lis, ni ou il veut en venir. J’ai fini « La haine de la musique » en quelques jours. Pour le lecteur de romans et de nouvelles que je suis c’était perturbant. Je ne savais pas trop quoi en penser. J’avais appris des choses fascinantes sur l’antiquité, les mots et l’histoire de la musique au travers du temps et au travers du regard de cet homme obsédé. Mais je ne comprenais pas tout à fait ce que je venais de lire. La forme était trop nouvelle pour moi.

Mais je savais déjà que j’avais envie d’en lire un autre.

En en lisant d’autres, j’ai fini par être fasciné par cet auteur. Déjà car on sent que les choses qui l’obsèdent ne le quittent pas. Certains thèmes sont présents dans plusieurs de ces livres, formant un réseau de toiles d’araignées qui sont toutes connectées entre elles, quel que soit le sujet. Ensuite, et ça c’est un détail particulier à mon cas, car il est né et à vécu dans la ville de mes grands-parents, donc je n’avais aucun mal en lisant « Vie Secrète » à l’imaginer déambuler la nuit dans Verneuil-Sur-Avre pour retrouver son amante ( même si temporellement on est loin de s’être croisés ). J’ai un rapport très sentimental aux lieux, et j’aime beaucoup pouvoir mettre des images de lieux que je connais sur mes lectures.

Bref, si tout ça ne vous ennuie pas déjà trop, n’hésitez pas à aller y jeter un oeil. Je vous recommande parmi ceux que j’ai lu « La haine de la musique », « Le sexe et l’effroi » et « Vie secrète ».

Et si vous avez d’autres auteurs à me recommander je suis tout ouïe.

Source photo : http://www.theatredurondpoint.fr/artiste/pascal-quignard/

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