/Livres/Dan Simmons : Le patron du nerdisme

Comme beaucoup de gens qui ont lu au moins un livre de Dan Simmons, je l’ai découvert il y a maintenant pas mal d’années avec sa saga de science-fiction Hyperion / Endymion. Cette saga est de loin une des moins ennuyeuses et une des plus épiques du genre. Le seigneur des anneaux de la science fiction, mais en mieux. Beaucoup mieux. Sans les descriptions chiantes. Avec un monstre mythique qui a des desseins pas très clairs. Au lieu d’un méchant super manichéen. Et une équipe de héros qui ne sont pas du tout des héros. Cette saga est géniale et reste à mon sens sûrement le meilleur ouvrage du genre ( et je n’ai lu que de la SF pendant de longues années ).

Son deuxième ouvrage le plus connu est sans aucun doute L’échiquier du mal, un bouquin très très différent qui se rapprocherait plus d’un excellent Stephen King. Des êtres humains parmi nous sont doués d’une capacité à forcer les autres à agir selon leur bon vouloir, et Dan Simmons, partant de ce postulat, en fait une société secrète qui est responsable de tous les grands maux du vingtième siècle. Brillant. Et le bouquin est à la fois atroce, effrayant et très bien rythmé.

J’ai aussi lu Nuit d’été, qui est un autre livre à la Stephen King, mais qui pour le coup est très classique et pas forcément extrêmement original.

 

Mais là où Dan Simmons a commencé à prendre toute sa dimension de roi des nerds à mes yeux, c’est quand j’ai lu le reste de sa bibliographie, moins connue mais encore plus passionnante sur un point : cet homme est capable de mêler plusieurs styles et des sujets extrêmement complexes sans le moindre faux pas ( il n’y a qu’à voir les bibliographies impressionnantes en fin de livre pour être persuadé du jusqu’au boutisme du monsieur ) ET en gardant une écriture simple à lire et des narrations captivantes. Ses trois ouvrages de ce type qui m’ont le plus marqué sont sans aucun doute L’homme nu, Collines noires et Terreur.

 

L’homme nu

Le titre français de ce livre n’illustre vraiment pas très bien le synopsis. Pour résumer, les deux protagonistes principaux, qui se trouvent être en couple, sont dotés de la capacité de lire dans les pensées des gens qui se trouvent dans un rayon restreint autour d’eux. Loin d’être une histoire de super héros, ce livre focalise sur les aspects extrêmement gênants de ce pouvoir. Mais surtout, l’auteur propose une explication physique et mathématique à cette capacité, s’appuyant sur la théorie des cordes qui, bien que restant de la fiction, amène une dimension très réaliste à l’histoire. Je ne suis pas mathématicien et je peux même affirmer que je hais les maths, mais la profondeur de ce livre m’a bluffé et je l’ai dévoré. Et qui plus est, sans en dévoiler trop, toute la fin du livre part dans une dimension mentale totalement folle.

 

Collines noires

Ce livre retrace l’histoire d’un indien natif américain qui se retrouve à travailler sur le chantier des statues du Mont Rushmore à l’époque de leur construction. Et il va très très loin, d’une part dans le réalisme des personnages impliqués dans cette construction, et d’autre part dans la dimension mystique et historique de la vie des indiens d’amérique à cette époque. Et en amont, sur la manière dont leur histoire est intimement liée aux collines environnant le Mont Rushmore. Quand j’ai fini ce livre j’ai vraiment eu l’impression d’avoir regardé un passionnant documentaire sur les protagonistes à l’origine de ces statues et sur l’histoire des indiens d’Amérique ayant peuplé cette zone. Pour découvrir à ma grande surprise qu’une partie des personnages plus vrais que nature peuplant le livre ont vraiment existé, ainsi que l’atteste la liste impressionnante de sources biographiques sur lequel Simmons s’est appuyé pour écrire ce livre. Une forme de cerise sur le gateau qui appuie d’autant plus le tour de force de faire cohabiter tous ces aspects dans le même livre de manière naturelle.

 

Terreur

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Dans ce livre l’auteur réussit le tour de force de lier l’historique et le fantastique d’une main de maître. Retraçant les expéditions terrifiantes des anglais au XIXe siècle pour ouvrir le passage du nord ouest dans l’arctique canadien, ce livre décrit avec force les conditions mentales et physiques absurdes auxquelles étaient soumis les équipages successifs envoyés sur place.

Vivant à des températures inhumaines pendant de longues semaines uniquement munis de couches de vêtements de l’époque aussi efficaces à les protéger du froid qu’une fourrure de mouton les protègerait du feu. Partant pour des mois en n’ayant qu’une vision très limitée de la navigabilité future des eaux en partie glacées à bord de navires en bois aussi fragiles dans ces conditions qu’un coq se retrouvant dans un combat de chiens. Souffrant au quotidien de la faim et de multiples maladies pas vraiment glamour qui déciment l’équipage en quelques jours. Et là les mecs, pas de bol, ils tombent sur un espèce de bestiau non identifié de plusieurs mètres de haut qui se met à les attaquer quand ça lui prend. Vraiment balot.

Le mélange est parfait, pour la partie historique on a l’impression de livre un pavé descriptif du genre mais qu’on aurait enrobé de kiri pour mieux faire avaler les médicaments à son chat tellement tout ça coule tout seul dans l’intrigue principale.

Et le type se paye le luxe de finir tout ça en un espèce de conte inuit plus vrai que nature. T’as rien vu venir et d’un coup il te fait une histoire dans l’histoire. Du génie.

 

Bref, quand on ouvre un livre de Dan Simmons, il faut s’attendre à ressortir moins bête et extrêmement diverti.

 

Vous avez des auteurs mêlant de chouettes histoires à des aspects historiques ou nerds à partager ?

 

Crédit photo d’en-tête : Cliff Grassmick

Source photo d’en-tête : Le blog livres Nice Matin

Une réflexion sur “/Livres/Dan Simmons : Le patron du nerdisme

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *