Denis Villeneuve sur le tournage de Prisoners

/Films/Denis Villeneuve le caméléon

J’ai découvert le réalisateur Denis Villeneuve après qu’une amie m’ait recommandé le film Incendies. Sorti en 2010, ce film, adapté d’une pièce de théâtre elle-même inspirée d’une histoire vraie, retrace l’épopée de jeunes jumeaux montréalais qui partent en quête pour respecter le testament de leur mère récemment décédée. Une bonne partie du film a lieu au Moyen-Orient (dans une ville fictive) et le film met bien en avant les difficultés sociales des femmes de la campagne arabe vis-à-vis de leur environnement. De ce point de vue le film m’a fait penser (sur un thème très différent par contre) au très bon Offside de l’iranien Jafar Panahi qui retrace l’épopée de jeunes femmes qui veulent juste assister à un match de football, chose légalement impossible pour elles. Et un petit peu, même s’il ne s’agit pas d’un pays arabe, au magnifique My Sweet Pepper Land qui montre le parcours difficile d’une femme enseignante dans un village du Kurdistan en guerre résistante. Pour en revenir à Incendies, un des points forts du film est sa réalisation très sobre, presque documentaire, qui offre du coup un regard froid sur l’action, ce qui sied très bien à l’histoire. L’histoire est justement rondement menée, le film étant franchement solide à ce niveau. Un film qu’il faut clairement voir !

J’ai été d’autant plus surpris d’enchaîner sur le travail de Villeneuve quelques temps après avec Sicario, sorti lui en 2015, et pour le coup quasiment opposé en tout point à Incendies. La réalisation et le fond (une histoire de cartels et d’agents américains de la lutte anti-drogue) sont très très hollywoodiens, le seul point commun éventuel étant que le film tourne aussi autour d’une héroïne. Ce film, plutôt orienté action, ne m’a pas vraiment plu, je l’ai trouvé bien construit mais pas assez « original » à mon goût. Par contre, le grand écart avec Incendies m’a donné envie de combler le vide, pour voir de quoi était fait le reste de la filmographie que Villeneuve.

J’ai donc regardé coup sur coup Prisoners et Enemy qui constituent l’entre-deux entre Incendies et Sicario. Les deux films, filmés quasiment en même temps et sortis en 2013 mettent tous les deux en scène Jake Gyllenhaal. Prisoners est un très bon thriller pas très drôle sur fond d’histoire d’enfant qui disparaît dans un petit bled américain, et de parents qui pètent un plomb pour le retrouver. Je ne vais par contre pas m’étendre dessus car il ne m’a finalement pas tant marqué que ça même si je n’ai pas grand chose à lui reprocher.

Enemy par contre est beaucoup plus notable – à mes yeux du moins -, même si loin d’être exempt de défauts. Notamment car les aspects psychologiques sont assez fous, et laissent relativement la porte ouverte à l’interprétation, et qu’il y a quelques partis pris de réalisation et de scénario assez forts, qui peuvent selon le spectateur faire un peu sortir du film ou au contraire exciter l’imaginaire, et j’étais plutôt dans la deuxième catégorie. Les films contenant des partis pris forts, qui amènent des éléments de surprise tout du long sont suffisamment rares pour être appréciés , et ça fait plaisir d’être nez à nez avec quelques scènes qu’on a pas vu venir (c’est d’ailleurs ce qui me rend amoureux, dans un registre plus surréaliste, du cinéma de Quentin Dupieux même quand il fait des films qui finalement ne me convainquent pas totalement) (et c’est aussi ce qui m’avait plu dans le très poétique Locataires de Kim Ki Duk). Je vous colle le synopsis ici:

Adam, professeur d’histoire, mène une vie terne avec sa petite amie. Un jour, il aperçoit son sosie parfait dans un film. Perturbé et stressé, il enquête alors sur l’identité et la vie de ce mystérieux double, et essaye de rentrer en contact avec lui…

A voir si vous n’avez rien contre les films qui jouent un peu avec la réalité pour ouvrir la psychologie des personnages. Le rythme n’est pas parfait, le jeu d’acteurs ne l’est pas non plus toujours, mais ce n’est pas un film que vous avez déjà vu dix fois. À ne pas regarder si vous êtes allergiques aux films anxiogènes par contre. J’ai trouvé le film assez puissant sur ce point.

 

Il me reste maintenant à voir les quelques premières réalisations du bonhomme, ainsi que Premier Contact qui sortira à la fin de l’année. Mais une chose est déjà claire: ce gars est un caméléon, sa réalisation étant très adaptée au sujet et au scénariste. C’est souvent très qualitatif, mais il ne fait pas « du Villeneuve ». Du coup je suis bien curieux et un peu stressé de voir ce qu’il va faire sur Blade Runner 2, mais ça peut potentiellement être très bon.

 

Si vous avez des films comme Enemy qui n’hésitent pas à distordre un peu la réalité dans certaines scènes pour injecter des choses intéressantes à une histoire, je serais ravi d’en entendre parler !

 

Crédit photo d’en-tête : toutlecine.com

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