Photos de deux BDs de Fremok

/BD/Fremok : Des bandes dessinées pas comme les autres

Au hasard d’une soirée en terrasse lors de mon récent voyage à Porto, j’ai fait la connaissance du dessinateur André Coelho. Il a évoqué son travail, son amour de la BD et ses coups de coeur pendant près d’une heure. Je suis toujours fasciné quand j’entends des gens passionnés parler de leur travail. A l’inverse, ce qui parfois souvent dans ce cas, c’est que quand ensuite on va observer ledit travail, on est déçu. Et oui, quand quelqu’un vous évoque des méthodes incroyables pour créer ses derniers dessins, on a facilement des étoiles dans les yeux, on s’imagine des tas de choses géniales. Et des fois la réalité est bien triste quand on va finalement creuser ledit travail. Sauf que cette fois, ce n’était pas le cas. J’ai été conquis par la noirceur de son univers, son travail innovant mélangeant de nombreuses techniques pour créer des dessins aux textures très personnelles.

Mais cet article ne porte pas sur le travail d’André, mais sur un éditeur/collectif bruxellois qu’il a évoqué ce soir là, à savoir Frémok. Je me suis procuré plusieurs BDs qu’il m’a recommandé, notamment deux que je vais évoquer maintenant, à savoir Moloch de Michaël Matthys, et Qui a connu le feu d’ Yvan Alaqbé et Olivier Bramanti.

Pour clarifier un peu mon parcours en BD, je précise que je ne suis pas un consommateur effréné, et que mes incartades dans le milie indé restent limitées. J’ai par contre lu un certain nombre de BDs françaises, belges, japonaises et de comics américains. Les classiques Universal War One, Quartier Lointain, Watchmen, ou encore les Bilal ou Larcenet sont au nombre de choses que j’ai pu lire et apprécier, à différents niveaux. J’ai collectionné les Marvel quand j’étais petit, j’ai lu pas mal de DC.

Bref tout ça pour dire que j’étais un peu déconcerté quand j’ai reçu les BDs de Frémok évoquées auparavant. Ici point de super-héros, point de scénario alambiqué pour sauver le monde ou sauver sa peau. Pas de narration évidente. Pas de blagounettes ou de journal intime.

Non, ces BDs m’ont plutôt fait l’effet d’assister à une exposition. On n’est plus dans de la narration ou de la fiction. On est dans l’observation attentive, on s’abreuve, on ne sait pas immédiatement quoi en penser.

 

 

Moloch

Moloch est la plus standard des deux, si je puis dire. Elle retrace simplement la visite d’une usine metallurgique par les yeux du dessinateur. Le dessin est vraiment superbe, pleins de textures, tour à tour très chargé ou très épuré. Il est manifeste ( et explicite d’ailleurs ) que le travail est basé sur des photographies, et même au travers le dessin le photographe que je suis a pu imaginer la beauté des clichés originaux. La narration est inexistante, le seul texte présent retrace quelques échanges oraux anecdotiques que l’auteur a capté pendant sa visite. Cela pourrait être ennuyeux mais ça ne l’est pas. L’immersion est totale, et nos yeux sont tout occupés à décrypter les magnifiques dessins qui leur sont présentés.

Une vignette de Moloch, représentant un plan de l'intérieur de l'usine
Source : http://www.lm-magazine.com/blog/2015/06/02/artour/festival_mb_artour_ll108_michael-matthys-moloch-2003-fremok-editions-gravure-aquatinte-sur-cuivre-_14/

Je vous invite à jeter un oeil à cette interview de l’auteur. Il y a quelques vignettes en basse résolution just au dessus de l’interview.

 

 

Qui a connu le feu

Qui a connu le feu transpire vraiment son travail à deux têtes. On a presque l’impression d’observer un assemblage de deux travaux différents, avec quasiment aucun pont entre les deux, comme si on observait deux expositions en même temps.

D’un côté les textes d’Yvan Alaqbé qui reprennent des paroles réelles et fictives d’acteurs du colonialisme mêlant Portugal, Maroc, Bénin, France, qui se retrouvent à avoir des dialogues inédits.

De l’autre les dessins monochromes d’Olivier Bramanti, portraits émouvants d’africains, fusionnant des techniques grasses et des coups de scalpels précis et répétés, et jouant des contrastes.

Et nous au milieu, avec la liberté d’y voir le lien qu’on veut bien créer entre ces deux visions complémentaires.

Un dessin extrait de qui a connu le feu
Crédit photo : Vincent Baudry

Ces deux BDs m’ont fait voyager, d’une manière très différente de la BD conventionnelle à laquelle j’étais habitué. Et je ne manquerai pas de me procurer d’autres BDs de Frémok à l’avenir.

 

Et vous, vous avez des éditeurs alternatifs de BDs ou des collectifs à conseiller ?

Site officiel de Frémok : http://www.fremok.org/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *